A ma première écoute du récit de Rejeb, ce qui m’a frappé est la grande liberté qui se dégage de son itinéraire de vie. Malgré, et probablement grâce à un début de vie difficile, Rejeb a su choisir ce qui lui permettait de survivre mais aussi de s’épanouir. Cette grande force m’a conduit a vouloir exprimer cette étincelle puissante qui semble l’animer à chaque étape de son parcours. L’image de l’électron libre s’est alors imposée à moi. Je souhaitais trouver une source de lumière forte très contrastée sur un fond plus sombre évoquant les nombreux obstacles rencontrés pour forger son bonheur. J’ai choisi comme toile de fond d’utiliser l’eau et le bois, évoqués par sa grand-mère et centraux dans sa vie là-bas et ici, mais aussi sources de son métier d’ébéniste. Le récit, les souvenirs, l’histoire personnelle qu’on se raconte se transformant sans cesse, je voulais des contours flous, incertains et mouvants, d’où l’idée des reflets des branches pour suggérer une certaine fluidité. En dernier lieu, les branches ressemblent plutôt à des racines que Rejeb a, je pense, su créer en s’épanouissant au Québec.
FRANCK LE COROLLER
Originaire de France, Franck Le Coroller vit à Montréal depuis 1999. La photographie argentique en noir et blanc (prise de vue et tirage) a été son éveil à la production d’images. Tout en continuant à flâner pour capturer un peu de vie, l’anthropologie lui a permis de comprendre autrement l’être humain. Il combine désormais ces deux regards et est depuis une douzaine d’années caméraman et directeur de la photographie en documentaire. Il a le grand privilège de mettre en image la vie des gens dont il croise la route, une chance inouïe.