Ce n’est pas l’histoire d’un départ. C’est celle d’un tiraillement. Entre deux langues, deux
continents, deux versions de soi. En écoutant Dijana, ce qui m’a frappée, ce n’était pas seulement ce qu’elle disait, mais
ce qu’elle cherchait à nommer – sans toujours y parvenir. La nostalgie, le refus del’étiquette “immigrante”, l’épuisement d’exister entre deux mondes. Et cette sensation de ne jamais être tout à fait là où on est.
Alors j’ai voulu créer une image qui ne tranche pas. Qui garde cette ambiguïté vivante. Une femme tient devant elle une plante, les racines à nu. Elle cache son visage, ou peut être le révèle autrement. Elle porte en elle une terre qu’elle n’habite plus. Les racines ne
sont pas mortes. Elles résistent. Même arrachées.
L’autre main est levée. Elle fait signe. On ne sait pas si elle part ou si elle revient. Une corde l’attache – légère mais réelle. Comme les liens qu’on garde malgré soi. Avec le pays qu’on a quitté, avec la langue qu’on n’a pas réussi à transmettre à ses enfants.
Au bas de la photographie, un voile bleu traverse l’image. C’est l’océan, oui. Mais aussi le temps. L’épaisseur de ce qu’on ne dit pas. Le passage, sans fin, d’une identité à l’autre.
Ce n’est pas une mise en scène. C’est une tentative de saisir, par le corps, l’émotion de ce qu’on ne peut pas vraiment dire : l’exil intérieur. La transformation. Le flottement.
KIRSTEN FENTON
Kirsten Fenton est une photographe d’art dont l’œuvre explore la beauté silencieuse de la nature et la présence expressive du corps humain. D’abord marquée par une longue période d’autoportraits, sa pratique photographique devient un espace de réflexion intime et de résilience.
Son parcours artistique l’a menée à travailler aux États-Unis, au Canada et en Amérique du Sud. Ses œuvres ont été exposées aux États-Unis ainsi qu’en Europe.
À travers une esthétique épurée et profondément sensible, Kirsten Fenton compose des images où se croisent vulnérabilité, force et poésie visuelle.