LE LAC
À l’écoute du témoignage de Bato, j’ai été très ému par l’anecdote des lacs. C’est vrai que nous vivons au pays des millions de lacs. Et un lac, au milieu de la forêt boréale, c’est un lieu de paix. Un lieu où le temps se suspend, où la nature panse nos blessures. Il me fallait un lac. Lorsque j’ai trouvé celui-ci avec l’urubu cyclopéen mécanique, il y avait l’odeur des épinettes noires. Ce n’est toutefois que de retour chez moi que j’ai saisi toute l’ampleur de ce que mon objectif avait capté. En retournant la photographie, je fus stupéfait : le lac était aussi un ciel étoilé dans lequel nous pouvions plonger et nous perdre. Une image, un lieu, deux mondes. En immigrant, nous devenons dorénavant d’ailleurs et d’ici. Mais nous ne sommes également plus tout à fait d’ailleurs et pas tout à fait d’ici. Deux mondes. Un ciel, un lac; le jour, la nuit; l’infini dans un miroir.
MÉRIOL LEHMANN
Originaire de Suisse, mais résidant au Québec depuis plus de 40 ans, Mériol Lehmann est un artiste-chercheur qui utilise principalement la photographie, l’art sonore et les arts médiatiques. Après avoir consacré ses travaux à une approche systémique du territoire et aux représentations de la ruralité contemporaine, il s’intéresse désormais aux modernités alternatives qui repensent notre rapport au vivant dans le contexte des crises écologiques.